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L’AGIDD-SMQ demande l’interdiction d’utilisation des masques anti-crachats en milieu de soin

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À la suite du récit numérique publié par Radio-Canada sur des décès associés à l’utilisation de masques anti-crachat par les forces policières et en milieu carcéral (1), l’Association des groupes d’intervention en défense des droits en santé mentale du Québec (AGIDD-SMQ), ses groupes membres et des milliers de personnes premières concernées tiennent à rappeler une réalité largement ignorée du public : ces dispositifs font aussi partie de l’arsenal de mesures de contrôle utilisé dans certains hôpitaux, particulièrement sur les unités psychiatriques.  

Ces masques — souvent appelés spit hoods ou cagoules anti-crachat — sont généralement utilisés dans des situations où des personnes en crise sont déjà soumises à d’autres mesures de contrôle, notamment la contention physique, mécanique ou chimique. Placé sur la tête d’une personne déjà immobilisée, ce dispositif renforce une dynamique de contrainte extrême qui comporte des risques sérieux pour la sécurité, l’intégrité, la dignité et les droits fondamentaux des personnes concernées.

Pour l’AGIDD-SMQ, il est profondément alarmant de voir des dispositifs associés aux pratiques policières et carcérales s’intégrer aux pratiques d’intervention en santé mentale, alors que les établissements de soins devraient au contraire privilégier des approches thérapeutiques, humaines et fondées sur la désescalade.

« Que se passe-t-il une fois que des personnes en crise arrivent à l’hôpital ou sont hospitalisées en psychiatrie?  L’usage de dispositifs comme les masques anti-crachat, combiné à d’autres mesures de contrôle comme les contentions – déjà largement utilisées - démontre à quel point les pratiques coercitives peuvent s’étendre et se banaliser », souligne François Winter, porte-parole de l’AGIDD-SMQ.

L’organisme rappelle que la multiplication et la normalisation des mesures de contrôle en psychiatrie traduisent une dérive sécuritaire inquiétante qui éloigne les services de santé mentale de leur mission première : soigner, accompagner et respecter les droits et la dignité des personnes.

La position de l’AGIDD-SMQ est sans équivoque.

Les masques anti-crachat ne doivent jamais être utilisés comme moyen de contention ou de « contrôle » d’une personne en crise . Leur utilisation constitue une atteinte grave aux droits fondamentaux des personnes vivant des problèmes de santé mentale, contribue à déshumaniser les états de crise et expose les personnes concernées à des risques physiques potentiellement mortels ainsi qu’à des conséquences psychologiques graves et évitables.

« L’AGIDD-SMQ demande l’interdiction immédiate de l’usage des masques anti-crachat en psychiatrie, en milieu carcéral et par les forces policières auprès des personnes en situation de crise, ainsi que l’adoption de pratiques d’intervention fondées sur les droits humains, la désescalade et le soin. Une telle interdiction existe déjà au Nouveau-Brunswick depuis 2020, décision prise à la suite du décès de Derek Whalen, un détenu de 37 ans, survenu quelques mois plus tôt dans un incident impliquant l’utilisation d’un tel dispositif », clame Nancy Melanson, responsable du volet sociopolitique à l’AGIDD-SMQ.

L’organisme appelle également les autorités sanitaires, les ordres professionnels et les établissements de santé à mettre en place des protocoles clairs, des formations spécialisées et de véritables mécanismes de reddition de comptes concernant toute mesure de contention utilisée en milieu de soins.

La protection du public ne peut jamais se faire au détriment de la sécurité physique et psychologique et des droits des personnes vivant des problèmes de santé mentale. Les hôpitaux doivent demeurer des lieux de soin, de soutien et de respect des droits — et non des espaces où se multiplient des pratiques coercitives traumatisantes et potentiellement létales.

 

(1) https://ici.radio-canada.ca/recit-numerique/15564/masque-autopsie-crachat-deces-securite-policiers-prisons