
Si la série Je suis là sur Télé-Québec met en lumière la détresse bien réelle des familles et des proches aidants, elle ne doit pas servir de prétexte pour raviver une approche centrée sur la coercition, l’internement et le traitement forcé; là n’est pas la solution!
Les crises en santé mentale surviennent rarement dans le vide.
Elles sont le résultat de ruptures de services, de délais déraisonnables et d’un manque criant de ressources accessibles en amont. Trop de personnes n’ont pas accès à un suivi volontaire, à un soutien psychosocial continu, à un logement stable ou à un rendez-vous dans un délai compatible avec leur état, laissant les personnes et leurs proches seules face à une détérioration pourtant prévisible.
En aval des crises, la situation est tout aussi préoccupante. Trop souvent, les personnes quittent l’hôpital ou les services d’urgence sans accompagnement adéquat, sans plan de suivi réel et sans ressources suffisantes pour soutenir leur rétablissement et celui de leurs proches. Cette absence de continuité et de diversité de services alimente directement le phénomène des « portes tournantes », fréquemment invoqué pour justifier un recours accru à la contrainte, alors qu’il s’agit d’abord d’un échec de l’organisation des services.
La multiplication des interventions coercitives ne règle rien : elle est le symptôme d’un système sous-financé.
Contraindre des soins dans un système saturé ne crée pas de soins supplémentaires, cela redistribue la pénurie. Chaque intervention coercitive mobilise des ressources humaines et hospitalières déjà rares, au détriment des personnes qui cherchent de l’aide volontairement, allongeant les délais et aggravant les conditions mêmes qui mènent aux crises.
Ce ne sont donc pas les personnes vivant un problème de santé mentale qui devraient être contraintes par des lois d’exception, mais bien le gouvernement qui devrait être tenu responsable de ses obligations. Lorsque l’État échoue à offrir, dans son réseau et dans la communauté, des services accessibles, continus et adéquatement financés, il ne peut justifier la contrainte comme solution de rechange.
Imposer des soins dans ce contexte devient arbitraire : il ne s’agit plus de soigner, mais de gérer le manque.
Renverser la logique est essentiel.
Plutôt que d’élargir les pouvoirs de contrainte, le gouvernement devrait être politiquement, administrativement et budgétairement contraint d’investir de façon suffisante et pérenne dans les services en santé mentale : ressources communautaires, soins volontaires accessibles, accompagnement en temps opportun, alternatives au réseau institutionnel, soutien au logement, équipes de crise non policières et accompagnement volontaire et d’intensité variable à long terme dans la communauté.
Modifier la Loi P-38 pour en faciliter l’application ou en élargir la portée ne règlera ni les « portes tournantes », ni la souffrance des proches. Au contraire, pour les personnes premières concernées, de nombreuses études et témoignages démontrent que les interventions coercitives brisent la confiance, aggravent la détresse et éloignent les personnes des services humains qu’elles réclament.