La Ligue des droits et libertés (LDL), FACiL, pour l’appropriation collective de l’informatique libre, le Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ) et le Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) sonnent à leur tour l’alarme quant au projet Dossier santé numérique (DSN) qui, dans sa forme actuelle, enchaîne encore plus le Québec à des géants technologiques étrangers soumis à des lois extraterritoriales sur les données. Le gouvernement des États-Unis pourrait ainsi mettre son nez dans les données des Québécois·es hébergées par une entreprise étatsunienne, même si elles sont stockées au Canada.
Les organisations ont pris connaissent de la sortie publique récente du ministre de la Cybersécurité et du Numérique (MCN), Gilles Bélanger, quant aux risques que présentent la forme actuelle du DSN pour la protection des renseignements de santé des Québécois·es, parmi les plus sensibles. La LDL, FACiL, le SFPQ et le SPGQ demandent au gouvernement et à Santé Québec de réorienter d’urgence le projet DSN afin qu’à terme, il s’inscrive pleinement dans une perspective de souveraineté numérique, ancrée dans l’innovation québécoise et sous l’égide du MCN.
« La souveraineté numérique du Québec n’est pas une question technique. C’est avant tout un enjeu de droits! Quand le gouvernement persiste à confier des projets numériques à des entreprises privées étrangères, il met en péril les droits de toute la population, dont le droit à la vie privée », déclare Lynda Khelil, porte-parole de la LDL.
Le projet DSN va à l’encontre de l’« Énoncé de politique de souveraineté numérique et d’approvisionnement en technologie de l’information » publié en grande pompe par le gouvernement en février 2026. Le projet a été confié à la multinationale étatsunienne Epic Systems, alors que des solutions québécoises et financées par les fonds publics existent, tel que la plate-forme Opal, conçue au Centre universitaire de santé McGill (CUSM).
Le gouvernement doit miser sur l’expertise interne plutôt que seulement sur celle de firmes privées. Il faut mettre fin aux mégaprojets opaques, monolithiques et risqués. Il importe de développer une approche agile, axée sur des projets plus petits, mutualisés, utilisant des logiciels libres et des standards ouverts. Le Québec doit s’intéresser à ce qui se passe dans le monde, principalement en Europe (ex.: France, Danemark, Allemagne). L’État devrait favoriser des collaborations internationales entre les experts de ces États et le personnel du gouvernement du Québec.
« La souveraineté numérique est primordiale pour bien protéger les données personnelles des Québécoises et des Québécois, mais également pour réaliser une saine gestion des finances publiques. Investir dans l’expertise interne permettrait de mieux protéger l’information, d’avoir un meilleur contrôle des projets et d’économiser. Les tarifs des firmes privées sont souvent plus du double des salaires dans le secteur public. Pourtant, le service n’est pas meilleur, comme l’a montré le fiasco SAAQclic. Combien de scandales informatiques faudra-t-il avant qu’on décide de se doter des moyens de nos ambitions? », déclare Martin Trudel, troisième vice-président du Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ).
À quand un écosystème numérique développé par des Québécois·es, et qui appartient aux Québécois·es?
Faits saillants
Lettre ouverte, « Au-delà des vœux pieux, il y a urgence d’agir pour notre souveraineté numérique », Le Devoir, 11 avril 2026.
Déclaration pour la souveraineté numérique du Québec, Reprenons le contrôle de nos données! signée par 131 organisations et plus de 1200 personnes.