Des organisations de défense des locataires de partout au Canada interpellent conjointement le premier ministre Mark Carney et le ministre du Logement, de l’Infrastructure et des Collectivités, Gregor Robertson dans une lettre lui demandant de rendre le processus entourant l’élaboration de la prochaine Stratégie nationale sur le logement (SNL) transparent et inclusif. Elles demandent notamment que les locataires, qui sont touchés de manière disproportionnée par les résultats de cette stratégie, soient au cœur du processus de consultation.
Les groupes de défense des locataires et de promotion du droit au logement remettront aussi cette lettre à différents élu·es fédéraux dans des bureaux de circonscription partout au Canada au cours de la prochaine semaine.
« Très peu de canadiens et de canadiennes savent que l’avenir du logement pour la prochaine décennie est décidé à huis clos. Ils et elles méritent de la transparence et la possibilité de donner leur avis. Les personnes qui vivent la crise du logement ne devraient pas être les dernières consultées au sujet des solutions », explique No Demovictions, un groupe de défense des droits des locataires de Toronto.
Les locataires, qui représentent environ un tiers de la population canadienne, sont ceux et celles qui subissent les conséquences les plus graves de la crise du logement. Ces préjudices touchent de manière disproportionnée les communautés marginalisées et vulnérables.
Les locataires connaissent des niveaux beaucoup plus élevés d’insécurité résidentielle, notamment en raison de la hausse alarmante du nombre de logements locatifs financiarisés, de l’affaiblissement des protections accordées aux locataires et du sous-investissement dans le logement social. Sans logement, les gens vivent en moyenne 30 ans de moins que le reste de la population. Le logement est un déterminant essentiel de la santé, et tout le monde devrait pouvoir y avoir accès.
« Le gouvernement Carney pense que les locataires sont invisibles et semble vouloir élaborer une SNL 2.0 sans demander aux locataires eux-mêmes quels sont leurs besoins. Ce processus manque de considération, car il n’est pas transparent envers les locataires. Nous avons besoin d’un plan national sur le logement qui soit inclusif et transparent et qui aide les locataires, et pas seulement l’industrie du développement immobilier. L’offre ne peut pas, à elle seule, résoudre ce problème », explique Alejandra Ruiz-Vargas, présidente nationale d’ACORN Canada.
Depuis le début de la première Stratégie nationale sur le logement :
- Le loyer moyen au Canada a augmenté de 46 % depuis 2018.
- Le nombre total de personnes en situation d’itinérance au Canada a augmenté de 79 % depuis 2020.
- Entre 2016 et 2021, le Canada a perdu 230 000 logements locatifs abordables, soit un chiffre stupéfiant de 46 000 logements par année.
- Les taux d’expulsions sans motif sont en hausse partout au Canada. Dans la région du Grand Toronto, ces expulsions sont passées de 10 % en 2010 à près de 25 % en 2021.
Ces réalités ne sont pas vécues par les dirigeants fédéraux. Tous les ministres du Cabinet libéral sont propriétaires d’une habitation et 38 % d’entre eux sont propriétaires de logements locatifs. Lorsque les décideurs du gouvernement fédéral bénéficient financièrement d’un système qui maintient le statu quo, la transparence et la participation du public sont nécessaires pour commencer à remédier à cette asymétrie. C’est pourquoi les groupes de défense des locataires demandent qu’une consultation publique soit intégrée au processus d’élaboration de la Stratégie nationale sur le logement.
Les groupes de défense des locataires encouragent également le public à signer leur pétition afin d’accroître la pression sur le gouvernement fédéral pour qu’il rende ce processus transparent.
« La première stratégie fédérale en matière de logement n’a pas atteint les objectifs qu’elle s’était fixés, notamment parce qu’elle n’a pas fourni les ressources nécessaires pour répondre aux besoins les plus urgents des locataires et faire progresser leur droit à un logement convenable. Pour y parvenir, le gouvernement fédéral doit écouter les locataires et accorder la priorité à leurs préoccupations plutôt qu’à celles des promoteurs immobiliers. Les fonds publics doivent servir l’intérêt collectif avant les intérêts particuliers. Pour y parvenir, les personnes directement touchées doivent être véritablement entendues, c’est une prérequis d’une stratégie basée sur la mise en oeuvre du droit au logement », indique Véronique Laflamme, porte-parole du FRAPRU (Front d’action populaire en réaménagement urbain).