Alors que des milliers de locataires peinent à se reloger en plein jour des déménagements, des centaines de personnes se sont rassemblées simultanément à Montréal, à Québec et à Rouyn-Noranda le 1er juillet 2026, à l’appel de la Coalition contre le logement cher (COLOC). La COLOC réunit plus de 120 organisations, dont une trentaine nationales issues des milieux du logement, syndical, communautaire, féministe et étudiant. À quelques mois des élections, la COLOC revendique les mesures structurantes qui s’imposent pour faire reculer la crise, et met au défi tous les partis de s’y engager.
Cette mobilisation traduit le sentiment d’urgence et d’exaspération face à une déconnexion gouvernementale de plus en plus criante. Depuis les élections de 2022, le loyer moyen a encore bondi de près de 30 %, faisant basculer toujours plus de locataires dans la précarité. Pendant ce temps, les hausses abusives, les reprises de mauvaise foi et les évictions se multiplient, les projets de logements sociaux stagnent, et les listes d’attente pour un HLM s’allongent. Plutôt que de s’attaquer aux causes réelles : l’absence d’encadrement du marché locatif, le déficit de logements sociaux et le refus de reconnaître le droit au logement, le gouvernement du Québec favorise la construction de logements trop souvent inabordables.
« Le 1er juillet, des dizaines de milliers de baux se signent à des prix exorbitants. Des milliers d’autres se retrouvent à la rue, faute de logements qu’ils sont capables de payer. Tant que le Québec n’imposera pas un contrôle obligatoire et universel des loyers, chaque déménagement, chaque hausse abusive de loyer restera une occasion d’appauvrir un peu plus les locataires. », Francis Dolan, porte-parole, Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ)
À Montréal comme à Québec, les manifestant·es ont convergé vers des lieux symboliques : des sites de logements sociaux, pour incarner la solution que la coalition réclame et le Tribunal administratif du logement, où se tranchent chaque année des milliers de hausses de loyer et d’évictions, faute d’un véritable contrôle des loyers.
Des solutions éprouvées qui ne peuvent plus attendre
Les organisations rassemblées réitèrent les trois revendications cardinales de la coalition : l’instauration d’un véritable contrôle des loyers, le développement massif de logements sociaux et la reconnaissance du droit au logement dans la Charte des droits et libertés du Québec. Cette dernière revendication est d’ailleurs étoffée par la Ligue des droits et libertés dans une nouvelle publication interpellant le législateur.
« Le droit au logement n’est pas reconnu explicitement dans la Charte québécoise et il faut que ça change. Couplé aux mesures qu’exigent les organismes en logement depuis fort longtemps, cela permettrait d’agir sur un enjeu de société majeur qui affecte la dignité et la santé des gens. Ne lui en déplaise, le gouvernement a des obligations : il doit s’assurer que toute personne ait la possibilité d’accéder à un logement décent, accessible, abordable et adapté à ses besoins, et soit protégée contre les expulsions. », Laurence Guénette, coordonnatrice et porte-parole, Ligue des droits et libertés (LDL)
La COLOC aurait souhaité que le gouvernement caquiste pose des gestes concrets avant la fin de son mandat. Pour elle, il est encore temps de protéger les locataires captifs du marché locatif privé et de cesser de financer des logements trop chers à même les fonds publics.
« On ne sortira pas de cette crise sans un investissement massif dans le logement social, sous forme de logements publics de type HLM, de coopératives et d’OSBL d’habitation. Il s’agit du seul type de logement vraiment et durablement abordable, parce qu’il échappe à la logique du marché. Pour garantir une abordabilité immédiate pour les locataires à faible et modeste revenus, ça prend un financement suffisant et des programmes adéquats. Financer le logement social, ce n’est pas une dépense : c’est la mesure qui coûtera toujours moins cher que le mal-logement et l’itinérance.», Véronique Laflamme, porte-parole du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU)
En vue des élections générales, les organisations pressent l’ensemble des partis de faire de l’inabordabilité du logement une priorité et à prendre des engagements clairs en ce sens. La crise du logement cher, elle, ne peut attendre le résultat du scrutin, préviennent-elles.